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Actualités

le 29 octobre à 11:00

 

Edna CIVIL BLANC

Consultante en environnement, correspondante du SIFÉE pour la région de la Caraïbe

Point focal national développement durable auprès de la francophonie.

Haïti, août 2019

 

Un pas de géant vers la mise en œuvre de l’évaluation environnementale (ÉE) et du développement durable (DD) en Haïti.

Dans le contexte de son adhésion à plusieurs engagements internationaux, Haïti travaille depuis plus de vingt ans à la mise en œuvre d’une stratégie développement durable au niveau national. Ces efforts trouvent leur ancrage légal notamment dans le Décret-cadre de 2006 portant l’intitulé « Gestion de l’environnement et la régulation de la conduite des citoyens et citoyennes pour un développement durable ». Ce décret établit le système national de gestion de l'environnement (SNGE) qui comporte notamment la création du système national des aires protégées (SNAP), de fonds à caractère écologique[1]  et, le plus important, du système d’évaluation environnementale.

Afin de rendre effective cette dernière mesure, le ministère de l’Environnement (MdE) d’Haïti a conclu des accords de collaboration avec le Programme des Nations-Unis pour le développement (PNUD)[2] et l’Institut de la Francophonie pour le développement durable (IFDD)[3]. Il en a découlé la création de trois programmes fondamentaux et complémentaires :

  1. un programme de formation en évaluation environnementale (2012-2015),
  2. un programme pour la constitution d’un cadre législatif et réglementaire, ainsi qu’une stratégie et la mise à disposition d’outil pour l’implantation effective du système d’évaluation environnementale (2013-2017),
  3. un programme d’appui au renforcement des capacités, à l’opérationnalisation et au fonctionnement du « Bureau national de l’Évaluation environnementale » (BNÉE) (2016).

 

Programme de formation en évaluation environnementale (2012-2015)

Des formations au nombre de cinq ont été réalisées en collaboration avec le Secrétariat international francophone pour l’évaluation environnementale (SIFÉE), ainsi que le concours d’experts en provenance du ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC) du Québec, de l’Office national de l’environnement (ONE) de Madagascar, de l’Université de Senghor Alexandrie et de l’Énergie-2050. Les formations se déclinent de la façon suivante :

  • Formation multi-acteurs en évaluation environnementale, du 12 au 16 novembre 2012 :

Cette première formation visait à intéresser des professionnels oeuvrant dans divers champs disciplinaires à la pratique de l’évaluation environnementale et, partant, à créer un marché de l’emploi dans le domaine. La formation a permis aux participants de se familiariser avec certaines notions de base afférentes au domaine de l’évaluation environnementale, les outils et les référentiels novateurs, efficaces et très recherchés pour intégrer avec facilité ce marché encore en émergence.

  • Formation en évaluation environnementale – application aux projets énergétiques et miniers, du 25 au 28 mars 2013 :

Cette formation avait pour objectif de familiariser les participants avec les enjeux environnementaux et sociaux propres à la réalisation des projets énergétiques et miniers en contexte haïtien, ainsi qu’avec les mesures prises pour en atténuer et compenser les impacts, ou en maximiser les retombées.

  • Formation en évaluation environnementale des cadres de la fonction publique haïtienne, du 31mars au 4 avril 2014 :

Afin de mettre en œuvre les principes définis dans le Décret-cadre de 2006 et d’assurer le fonctionnement effectif du système d’évaluation environnementale, la formation visait à consolider les connaissances des cadres de la fonction publique haïtienne, non seulement au MdE, mais également dans les ministères sectoriels.

  • Formation en gestion décentralisée des ressources naturelles pour les organisations de la société civile du département du Nord-Ouest, du 3 au 7 novembre 2014 :

Cette formation visait à renforcer les compétences des collectivités locales dans le cadre d’une approche territoriale décentralisée en matière de gestion des ressources naturelles. Elle s’adressait entre autres aux autorités municipales avec pour objectifs spécifiques de les sensibiliser à des notions comme les « vulnérabilités environnementales » et les « potentialités écologiques », ainsi que de développer leur aptitude à analyser les contraintes présentes sur leur territoire et les prendre en compte dans les décisions d’aménagement.   

  • Formation de formateurs en évaluation environnementale, de février à septembre 2015 :

La formation visait à développer une expertise à l’échelle nationale en matière de formation dans le domaine de l’évaluation environnementale. Elle s’adressait principalement aux institutions d’enseignement universitaire et leur personnel enseignant, et avait pour but d’intégrer l’évaluation environnementale dans les programmes sous la forme de cours dédiés spécifiquement au domaine ou de séances à l’intérieur des cours existants.  

Plusieurs actions ont été initiées en marge de la réalisation de ces formations. Signalons entre autres :

  • la création d’un réseau local en évaluation environnementale, l’Association haïtienne des praticiens en évaluation environnementale (ASHPÉE),
  • l’établissement de partenariats régionaux pour le partage de connaissances entre pairs (Haiti-Jamaïque et République dominicaine),
  • la réalisation de stages internationaux dédiés aux agents du BNÉE au niveau des organismes partenaires dont l’Agence nationale pour la gestion de l’environnement (ANGE) au Togo et l’Office national de l’environnement (ONE) à Madagascar,
  • la création du BNÉE.

 

Programme pour la constitution d’un cadre législatif et réglementaire, ainsi qu’une stratégie et la mise à disposition d’outils pour l’implantation effective du système d’évaluation environnementale (2013-2017).

La constitution d’un cadre législatif et réglementaire, ainsi qu’une stratégie et la mise à disposition d’outils pour l’implantation effective du système d’évaluation environnementale a mis à contribution des experts nationaux et internationaux en provenance notamment du Groupe d’étude interdisciplinaire en géographie et environnement régional (GEIGER) de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et de l’Office national de l’environnement (ONE) de Madagascar. Les actions entreprises dans le cadre de ce programme sont les suivantes :

  • Élaboration d’un avant-projet de loi sur l’évaluation environnementale :

Afin de donner une base légale au système d’évaluation environnementale en Haïti comme prévu aux articles 56 et 61 du Décret de 2006, il a été proposé d’élaborer un avant-projet de loi. On y énonce les orientations générales, les principes et les règles relatifs à la mise en place d’un système d’évaluation environnementale, incluant les études d’impact environnemental et social (ÉIES), les plans de gestion environnementale et sociale (PGES), les audits environnementaux et sociaux (AES), et les évaluations environnementales stratégiques (ÉES).

  • Élaboration d’un avant-projet de loi portant sur la création du Bureau national de l’évaluation environnementale (BNÉE) :

Cet avant-projet de loi porte sur l’organisation et le fonctionnement du Bureau national de l’évaluation environnementale (BNÉE), incluant l’élaboration des procédures applicables à ses activités. Il était proposé de faire du BNÉE un service techniquement déconcentré, doté de la personnalité morale et de l’autonomie administrative et financière. Il était prévu également la création des Unités techniques environnementales sectorielles (UTES) dans les ministères sectoriels, ainsi que d’organismes autonomes, les « cellules environnementales » et les « cellules départementales ». La mission du BNÉE consiste à assurer la promotion et la mise en œuvre du système national d’évaluation environnementale incluant le dispositif de participation publique.

  • Guide général de réalisation d’une étude d’impact environnementale et sociale (ÉIES) :

Ce guide vise à mieux clarifier les étapes nécessaires à la réalisation d’une ÉIES. Il s’adresse aux autorités publiques (MdeE) et ministères sectoriels), les initiateurs de projets, les prestataires de services en matière d’ÉIES (bureaux d’études, firmes de consultants, etc.), les organisations de la société civile et le public.

  • Guides sectoriels de réalisation des ÉIES :

Dans les guides sectoriels, une liste non exhaustive de projets est présentée. Il s’agit de directives sectorielles portant sur la réalisation de l’ÉIES pour les projets des secteurs de développement prioritaires en Haïti. Les types de projets concernés sont :

  • les projets agropastoraux,
  • les projets d’aéroports,
  • les projets d’aménagement des espaces naturels,
  • les projets d’industries chimiques,
  • les projets d’industries du bois,
  • les projets d’urbanisme et habitat,
  • les projets de barrages et centrales hydroélectriques,
  • les projets de ports,
  • les projets des industries agroalimentaires,
  • les projets hydrauliques,
  • les projets linéaires,
  • les projets miniers, et
  • les projets pétroliers/gaz naturels.

Pour chaque catégorie de projets, le guide sectoriel présente :

  • les principales activités et les sources d’impacts associées selon les phases de réalisation,
  • la description des modifications induites par le projet sur les composantes de l’environnement biophysique et humain et leurs impacts propres à chaque type de projet,
  • des exemples de mesures d’atténuation pour les différents impacts mentionnés, selon les types de projets en prenant en compte les caractéristiques du milieu récepteur.

 

  • Stratégie de montage et d’opérationnalisation du BNÉE :

La stratégie proposée pour développer le système national d’évaluation environnementale et la mise en place du BNÉE a suivi deux axes principaux.

  • Acceptabilité et adhésion des acteurs à la politique en matière d’évaluation environnementale :

Une démarche « participative » a été appliquée pour assurer l’adhésion des acteurs à la politique en matière d’évaluation environnementale et, partant, la mise en œuvre effective du système proposé.

  • Stratégie d’apprentissage vers une « prise en charge progressive du BNÉE » :

La prise en charge progressive par une stratégie d’apprentissage consiste à améliorer l’organisation et le processus au fur et à mesure de l’acquisition des expériences qui permettra au BNÉE d’asseoir son autorité.

  • Création du BNÉE

L’ensemble des mesures mentionnées précédemment avaient pour but de créer les conditions favorables à la création du BNÉE. Les efforts déployés ont abouti à la création officielle et solennelle du BNÉE, le 8 octobre 2015. Le BNÉE est la structure qui assurera désormais de la mise en œuvre de l’évaluation environnementale en Haïti.

 

Programme d’appui au renforcement des capacités, à l’opérationnalisation et au fonctionnement du BNÉE (2014 -2016)

Ce programme, réalisé dans le cadre d’une entente entre l’IFDD et le GEIGER, inclut entre autres :

  • l’élaboration d’une stratégie de mise en œuvre et d’orientation, ainsi que l’opérationnalisation du BNÉE selon l’approche de « montée en charge progressive » de celui-ci,
  • la conception d’un modèle stratégique de mise en place des unités techniques environnementales sectorielles (UTES) dans le cadre de l’opérationnalisation du BNÉE,
  • la conception d’un modèle de participation publique à l’étude d’impact environnemental et social des projets,
  • l’analyse de la situation des normes à caractère environnemental en Haïti et recommandations quant à leur intégration dans le processus de l’évaluation environnementale,
  • l’élaboration d’une stratégie de mobilisation des ressources pour le BNÉE.

La démarche appliquée à la mise en œuvre du programme constitue en soi une innovation sur laquelle il importe de s’attarder. En effet, les activités menées pour l’appui au renforcement, à l’opérationnalisation et au fonctionnement du BNÉE s’appuie sur :

  • un diagnostic participatif avec le MdE, le BNÉE et les autres commanditaires pour l’évaluation des ressources disponibles et la revue des besoins en renforcement des capacités identifiés,
  • un accompagnement en mode présentiel, à travers la réalisation de missions de l’équipe d’experts du GEIGER-UQAM en Haïti,
  • une stratégie de renforcement des capacités s’appuyant sur la réalisation de formations théoriques et pratiques ciblées portant sur des thématiques prioritaires dont l’ÉIES, les outils d’évaluation des termes de référence et des rapports d’ÉIES, la participation publique, l’ÉES, l’audit environnemental et social, l’utilisation des normes en ÉE,
  • l’apprentissage par des cas pratiques qui consiste à laisser l’initiative aux agents du BNÉE dans l’analyse des dossiers et l’organisation interne, après avoir défini les grandes orientations de concert avec les experts du GEIGER. Ces derniers restent ensuite au second plan pour des appuis-conseils à la demande du BNÉE. Ces cas ont été définis à travers des plans de travail conjointement élaborés et révisés avec l’équipe du BNÉE,
  • la mise à disposition d’outils pour l’élaboration des rapports d’évaluation, il s’agit d’outils de travail spécifiques dont les modèles de rapports de session du comité qui analyse les termes de référence (TdR) et les rapports d’ÉIES, les modèles de rapport d’audience publique, des modèles de certificat de conformité et de formulation de recommandations, un modèle de documentation des dossiers, des exemples de bonnes pratiques, des référentiels en ÉIES, etc.,
  • des appuis techniques à distance : à travers les échanges de courriels, des conférences Skype, des communications par les réseaux sociaux, des partages de documents par Dropbox, etc.,
  • des appuis au réseautage par le développement des associations nationales en évaluation environnementale et par l’initiation à la participation aux réseaux internationaux dans le domaine.

 

Initiatives récentes (2017-2019)

Dans un souci de compléter la gamme d’outils disponibles, les agences des Nations-Unies, dont le ONU-Environnement et le PNUD, ont procédé récemment à l’accompagnement du BNÉE dans la réalisation d’un certain nombre de guides méthodologiques.

  • Guide méthodologique général de réalisation de l’audit environnemental et social (AES) en Haïti (2017) – ONU-Environnement

Il a été constaté le manque d’outils de contrôle et de réglementations appropriés en matière de sauvegarde de l’environnement, de santé et de sécurité. En effet, plusieurs promoteurs et organismes intervenant dans la plupart des secteurs de développement mettent en œuvre des projets susceptibles d’avoir des impacts sur l’environnement sans être réellement évalués. Pour pallier cette contrainte, en avril 2017 le BNEE a bénéficié de l’appui de l’ONU-Environnement en vue de l’élaboration du guide méthodologique d’audit environnemental et social (AES). Cette initiative visait à donner à tous les acteurs impliqués dans la réalisation de l’AES, des orientations techniques pour une harmonisation des démarches et une meilleure efficacité dans l’application des recommandations issues de l’audit.

  • Guide méthodologique général de l’élaboration de l’évaluation environnementale stratégique (EES) en Haïti et référentiels d’application sectoriels (2018-En cours-PNUD)

Étant donné que les études et les notices d’impact environnemental et social, ainsi que les audits environnementaux et sociaux sont utilisés comme outils de prévention, en phase de planification et de mise en œuvre des projets, le BNÉE a décidé de combler les lacunes au niveau stratégique. Ainsi en avril 2018, avec l’appui du PNUD, il est parvenu à élaborer le guide général et référentiel méthodologique de l’évaluation environnementale stratégique (EES) visant le contrôle du processus de planification et la mise en œuvre des programmes, plans et politiques de développement.

Signalons que dans le cadre de la réalisation de ces deux catégories de guides, il a eu des activités visant le processus d’appropriation et des activités de formations pratiques.

 

Quelques défis et perspectives

Malgré la disponibilité de cette gamme d’outils, plusieurs défis demeurent à surmonter pour atteindre l’objectif de mise en œuvre effective de l’EE en Haïti :

  • Rétention du personnel du BNÉE :

Il s’avère crucial de garder les agents du BNÉE à leur place ce qui apparaît difficile pour le moment en raison du contexte institutionnel assez instable. De plus, il existe toujours une méconnaissance du domaine de la part de différents acteurs concernés, à savoir les ministères sectoriels, le secteur privé (promoteurs et autres), les municipalités, les bureaux d’études, les parlementaires, les médias, etc. Il manque également d’outils de vulgarisation du domaine adaptés aux diverses parties prenantes.

  • Constitution d’outils réglementaires et recherche des ressources financières nécessaires à la mise en œuvre effective du système d’évaluation environnementale en Haïti :

Les procédures administratives et le système de tarification des prestations du BNEE pour l’examen des rapports et l’établissement des permis de conformité environnementale devront être institués et être codifiés sous la forme de textes réglementaires (avant-projet de décret ou avant-projet d’arrêté).

  • Réalisation d’un état des lieux de la mise en œuvre réelle de l’évaluation environnementale en Haïti :

La réalisation d’une évaluation de la performance du système en place nous apparaît nécessaire afin d’identifier les points de blocage et, le cas échéant, de proposer des activités orientées vers la consolidation des acquis, l’adoption des textes réglementaires, l’autonomisation des acteurs, notamment par rapport à la réalisation des EIES, et

  • Diffusion de l’expérience haïtienne :

L’expérience acquise en Haïti peut servir ailleurs dans le monde dans les pays qui travaillent à l’amélioration de leur système d’évaluation environnementale. Le défi consistera à faire connaître cette expérience pour le bénéfice de tous.

 

Références :

Civil Blanc, E., Samoura, K., Waaub, J.-P. 2017f. Bilan de la collaboration entre le MdE, l’IFDD-OIF et le PNUD entre 2012 et 2016, concernant l’appui au renforcement des capacités en évaluation environnementale en Haïti. Appui au renforcement des capacités du Bureau national de l’évaluation environnementale d’Haïti (BNÉE). République d’Haïti, ministère de l’Environnement. IFDD-OIF, PNUD, MdE. Réalisé sous la supervision de Jean-Philippe Waaub du Groupe d’études interdisciplinaires en géographie et environnement régional (GEIGER), Département de géographie, UQAM, Montréal, Québec, février 2017, p.142.

 

 

[1] Parmi lesquels le Fonds pour la réhabilitation de l’environnement (FREH)

[2] À travers le programme d’appui à la gestion de l’environnement (PAGE : 2012) et le projet d’appui au renforcement des capacités du MdE (PARC : 2013-2016)

[3] À travers le programme de maitrise des outils de gestion de l’environnement et du développement (MOGED).

le 29 août à 15:00

 

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La biodiversité dans les évaluations environnementales de la Banque Mondiale en Afrique de l’ouest

 

Jean Hugé

Jean.Huge@ulb.ac.be

 

Bruxelles, le 5 juillet 2019,

La biodiversité est menacée à tous les niveaux, et ce déclin de la biodiversité a été récemment documenté et (re-)mis en lumière par les rapports de l’IPBES (la Plateforme Inter-gouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques). Ces menaces pesant sur la biodiversité ont un impact particulièrement grand dans les pays en développement, où certaines populations sont très directement dépendantes des services écosystémiques fournis par des systèmes et paysages à biodiversité élevée. Les acteurs de la coopération, qu’ils soient au nord ou au sud, reconnaissent maintenant l’importance de la biodiversité et se doivent d’agir en faveur d’un développement inclusif qui préserve la biodiversité. Un des objectifs stratégiques d’Aichi (adoptés par les parties signataires de la Convention sur la diversité biologique) mentionne explicitement l’importance de l’intégration de la biodiversité dans toutes les décisions et politiques des gouvernements (c’est ce qu’on appelle également le ‘mainstreaming’). La biodiversité étant impactée par, et importante pour, une multitude de secteurs, une approche sectorielle classique est insuffisante pour la préserver et la gérer durablement. Il nous faut des instruments, des méthodologies qui permettent d’intégrer la biodiversité de façon systématique et robuste dans les projets, programmes et politiques.

Nous nous focalisons ici sur la capacité des évaluations environnementales à contribuer à l’intégration de la biodiversité dans la prise de décision, en particulier dans la coopération nord-sud. Nous avons mené une étude sur la prise en compte de la biodiversité dans 18 évaluations environnementales menées dans le cadre de projets financés par la Banque Mondiale dans 10 pays d’Afrique de l’ouest, entre 2013 et 2017. Nous dévoilons ici notre approche ainsi que certains de nos résultats. L’étude complète a été publiée dans ‘Environmental Science & Policy’.

L’évaluation environnementale est reconnue comme un processus clé pour l’intégration de toute une panoplie de préoccupations environnementales depuis les années 1980. La biodiversité par contre, est rarement le sujet environnemental le plus en vue dans ces évaluations. Vu la pertinence d’une meilleure intégration de celle-ci dans les initiatives impactant l’Afrique de l’ouest, qui héberge une biodiversité unique au monde, et dont les écosystèmes sont sujets à une pression anthropique de plus en plus marquée, nous nous sommes concentrés sur cette région.

Dans chacune des 16 évaluations environnementales -accessibles librement sur le site de la Banque Mondiale- nous avons analysé : i. les discours dominants sous-tendant l’intégration de la biodiversité ; ii. Les représentations de la biodiversité ; iii. Le contexte de prise de décision.

Clarifions ces termes un peu techniques. Tout d’abord les discours de biodiversité : la biodiversité est un concept large qui se traduit par une multitude de discours, dans lesquels l’accent est mis sur différents liens entre l’être humain et la nature. La question clé étant : pourquoi préserver la biodiversité ? Pour des raisons intrinsèques (la nature a un droit d’existence, non lié à l’homme) ? Ou pour des raisons utilitaires  (la nature doit être préservée car elle fournit des services essentiels au bien-être de l’homme) ? Cette dichotomie masque tout un éventail d’arguments et d’approches qui vont déterminer comment la biodiversité est perçue, mesurée, communiquée. Et nous retrouvons ces arguments, souvent quelque peu dissimulés, dans les évaluations environnementales.

Tournons-nous maintenant vers la représentation de la biodiversité, qui apparaît dans la section des évaluations dédiée aux données de base. Cette section contient des informations concernant les écosystèmes potentiellement impactées, les espèces ou taxons animaux ou botaniques. Les évaluations environnementales devant d’être concises et compréhensibles, il faut inévitablement faire des choix dans les données et indicateurs à retenir et à mettre en lumière dans les évaluations. Ces choix se portent aussi sur le degré de détail et la documentation scientifique des données de biodiversité inclues dans l’évaluation.

En troisième lieu, nous nous concentrons sur le contexte de prise de décision. Les évaluations environnementales sont censées impacter la prise de décision. Les résultats de l’évaluation vont idéalement influencé la décision finale (par exemple par le biais de mesures d’atténuation, ou de modifications du projet initial). Vu l’impossibilité pratique d’attendre tous les effets d’un projet et de son évaluation avant de se faire une idée de l’impact possible de ladite évaluation, nous avons donc analysé à quel point les données de biodiversité compilées pendant l’évaluation environnementale, jouent un rôle dans l’élaboration des mesures d’atténuation décrites dans l’évaluation environnementale.

Notre analyse qualitative a révélé que la majorité des évaluations étudiées expriment un discours utilitaire concernant la biodiversité – mettant l’accent sur l’utilité d’un écosystème permettant de fournir à l’homme tous les services requis pour son bien-être (au sens large). Ce constat se reflète également dans l’intérêt particulier porté aux services écosystémiques d’approvisionnement ou de production.

Ce discours utilitaire ne se reflète par contre pas directement dans le type de données compilées dans les évaluations environnementales. Ces données sont souvent compilées de façon quasi-aléatoire, collectées non-systématiquement, mêlant souvent des noms vernaculaires et des sources scientifiques, contenant des ‘copiés-collés’ peu pertinents, et ne permettant souvent pas d’obtenir un aperçu clair et pertinent de l’état de la biodiversité sur le lieu du projet. Ceci rend toute comparaison entre différentes évaluations difficile voire impossible.

En ce qui concerne l’impact sur la prise de décision, la majorité des mesures d’atténuation ne sont pas élaborées sur base de données solides. La collecte et la présentation des données de biodiversité est donc souvent purement symbolique, et n’impacte pas les mesures d’atténuation proposées – mesures qui devraient pourtant être la cerise sur le gâteau de l’évaluation environnementale.

Notre analyse poussée d’un échantillon d’évaluations environnementales nous apprend que la diversité des discours de biodiversité n’est pas bien reflétée, et que les données de biodiversité supposées former la base des mesures d’atténuation, sont souvent non-systématiques et manquent singulièrement de qualité. Il nous semble important de travailler sur une prise en compte des perspectives plurielles de la biodiversité – afin par exemple, d’offrir de la place aux discours reflétant les connaissances traditionnelles. Il est également important de lier les évaluations environnementales aux banques de données existantes, et de renforcer les liens entre la collecte des données et l’élaboration des mesures d’atténuation.

Notre étude peut ainsi offrir une modeste contribution à l’amélioration de la pratique de l’évaluation environnementale dans la coopération au développement, en mettant l’accent sur les différentes façons de décliner, penser et préserver la biodiversité.

 

Sources :

Hugé, J., Rochette, A.J., Janssens de Bisthoven, L., Dahdouh-Guebas, F., Koedam, N. & Vanhove, M.PM. 2017. Utilitarian framings of biodiversity shape environmental impact assessment in development cooperation. Environmental Science & Policy 75: 91-102. https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1462901117301090

 

 

 

le 29 juillet à 11:15

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Le programme complet du Colloque de Cotonou est maintenant disponible sur la page de l'événement.

Vous pouvez également y accéder en cliquant sur ce lien : programme du Colloque international de Cotonou

Le Colloque se tiendra du 9 au 11 septembre au confortable Hôtel Azalaï situé en bord de mer à Cotonou.

Profitez du tarif réduit en vous inscrivant avant le 12 août : formulaire d'inscription

 

le 06 juin à 18:00

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Comores, le 7 juin 2019

Les évaluations environnementales dans le cadre de la prévention et de la gestion d’un phénomène météorologique extrême : Cas du cyclone Kenneth

L’archipel des Comores a été frappé par le cyclone Kenneth dans la nuit du 24 avril dernier.  C’est le deuxième cyclone après celui de 1950 qui a occasionné plus de dégâts matériels. Cette communication vise à sensibiliser les décideurs publics au rôle que les processus d’évaluation environnementale pourraient jouer dans le cadre d’une catastrophe naturelle.

Aux yeux des pouvoirs publics, outre l’éruption possible du volcan Karthala, les cyclones constituent le principal risque de catastrophe naturelle aux Comores. Toutefois, le pays ne dispose pas d’un cadre adéquat de prévention et de gestion des catastrophes naturelles. Il existe bien un plan de contingence en cas de catastrophe naturelle, incluant un plan de secours spécial en cas de cyclone et d’éruption volcanique, mais les outils dont disposent les services de la protection civile en matière de prévention et de gestion des catastrophes naturelles se limitent à l’analyse de la probabilité de la survenance de tels évènements.  

« Un cyclone est avant tout une perturbation atmosphérique accompagnée d’une dépression qui génère des vents tourbillonnaires violents pouvant dépasser le seuil des 117km/h. Il est également accompagné de pluies diluviennes, de fortes houles et parcourant des distances pouvant dépasser 1000km par jour[1]. »

La cyclogenèse comporte un certain nombre de conditions préalables, parmi lesquelles la température des eaux de surface des océans excédant 26°C, la présence de mouvements d’air verticaux entrainant une instabilité atmosphérique et d’un amas nuageux humide avec un renforcement des vents à travers des mouvements tourbillonnaires (Saïd Omar, 2013). Un autre facteur contributif à la formation de cyclones est la présence de zones de haute pression (ou anticyclone) et de basse pression atmosphérique. Dans la partie sud-ouest de l’océan Indien, la dépression atmosphérique des Mascareignes est à l’origine de la formation des cyclones qui affectent cette zone indianocéanique.

La fréquence des cyclones et des typhons a augmenté ces dernières années. Plusieurs facteurs peuvent expliquer le phénomène parmi lesquels la hausse des températures découlant des changements climatiques. Mais pour comprendre pourquoi les cyclones s’abattent sur le bassin du sud-ouest de l’océan Indien en plus grand nombre, il faut se référer au « principe de la force de Coriolis ».

Il s’agit d’une force produite par l'accélération complémentaire due à la rotation terrestre et qui s'exerce sur tous les corps en mouvement à la surface de la Terre. Elle détermine la direction générale des vents et des courants océaniques, les déviant vers la droite dans l'hémisphère Nord, vers la gauche dans l'hémisphère Sud. C’est la raison pour laquelle, les cyclones issus de la basse pression subtropicale des Mascareignes dévient de leur trajectoire vers la gauche, tout en étant susceptibles de s’abattre sur les îles du sud – ouest de l’Océan indien dont Madagascar, les Comores, la Réunion et l’île Maurice. Quel rôle peuvent jouer les processus d’évaluation environnementale pour gérer et pour prévenir les catastrophes naturelles comme les cyclones ?

D’abord, comme outil gestion au moment de l’évènement l’évaluation des impacts propose une démarche d’analyse en quatre étapes : 1) identifier les phénomènes qui accompagnent les cyclones pouvant constituer des sources d’impact, 2) identifier les composantes de l’environnement biophysique et humain potentiellement touchés par ces phénomènes, 3) mesurer les modifications des composantes de l’environnement touchées, 4) analyser ces modifications en termes d’impact.

Comme mentionné précédemment, les phénomènes qui accompagnent les cyclones pouvant constituer une source d’impact sont les pluies diluviennes et les vents violents (pouvant dépasser les 250 km/h comme dans le cas du cyclone Kenneth). Les vents violents engendrent une forte houle et une augmentation du niveau des eaux de l’océan avec les conséquences suivantes sur les composantes de l’environnement biophysique :

  • L’érosion des côtes : lors du cyclone Kenneth, certaines localités situées sur la côte au nord et au sud de la Grande Comore ont été complètement ravagées par la montée des eaux de l’océan ;
  • La dégradation de la biodiversité côtière et marine causée par les dépôts terrigènes : un diagnostic devrait être effectué pour évaluer l’impact des cyclones sur les coraux, les palétuviers, les herbiers, les crustacés et les récifs situés à l’intérieur des parcs marins des Comores ;
  • La dégradation des plages à cause de dépôts de matières terrigènes ;
  • La salinisation des sols qui entraine une perte de la fertilité des sols arables;
  • La pollution des sources d’eau rendant les eaux impropres à la consommation domestique;

Quant à la composante humaine, nous avons identifié d’une manière non exhaustive les impacts suivants :

  • Les dégâts occasionnés au niveau de la population : suite au cyclone Kenneth, le communiqué officiel du gouvernement comorien fait état de 4 morts, de 182 blessés et de 15 000 sinistrés, surtout dans les secteurs les plus pauvres où les populations vivent dans des habitations précaires ; [2];
  • La dégradation des terres agricoles : selon un communiqué du ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, en date du 27 avril 2019, il y a plusieurs hectares de plantations et de terres agricoles qui ont été détruits par le cyclone Kenneth ;
  • La perte du bétail : à ce jour, aucune évaluation n’a été produite concernant la perte du bétail caprin et bovin, mais le gouvernement comorien a mis en place une structure chargée d’évaluer les dégâts occasionnés par ce cyclone à tous les niveaux ;
  • Le risque d’apparition de nouvelles maladies comme la dysenterie, la typhoïde et le choléra : aucune de ces maladies n’a été signalée jusqu’à maintenant ;
  • La perturbation du transport terrestre, maritime et aérien : au moment du déclenchement de l’alerte cyclonique, des dispositions ont été prises pour suspendre le mouvement des bateaux et des avions sur l’ensemble du territoire en attendant une accalmie des intempéries ;
  • La destruction des infrastructures à usage public (routes, ponts, digues, installations électriques et de télécommunication) : dans ce secteur, il y a eu des infrastructures détruites, mais jusqu’à maintenant aucune évaluation n’a été faite.

La liste des impacts identifiés à l’ANNEXE 1 n’est pas exhaustive, mais permet déjà d’entrevoir les enjeux environnementaux, sociaux et économiques soulevés par le passage des cyclones dans l’archipel des Comores. Même à un stade préliminaire, le processus de questionnement caractéristique des processus d’évaluation environnementale est susceptible d’apporter des informations essentielles à une prise de décision éclairée et se traduire par l’adoption de mesures de prévention et de gestion durable du milieu biophysique, des ressources, de la protection de la population et des infrastructures économiques. La démarche de l’analyse consiste à :

  • Déterminer les liens entre les composantes biophysiques et humaine et les impacts identifiés ci-dessus ;
  • Organiser la présentation des impacts selon les enjeux reconnus ;
  • Estimer l’ampleur, la probabilité, la fréquence et la durée des impacts identifiés ;
  • Ordonner ces impacts selon la priorité à accorder en termes de mesure d’atténuation ;
  • Déterminer les mesures d’atténuation et/ou de prévention en fonction des impacts identifiés ;

En résumé, nous vous présentons en annexe la matrice d’évaluation et d’analyse des impacts potentiels identifiés : ANNEXE 1

 

[1] Said Omar A. (2013), Évaluation d’impact environnemental appliquée au plan de secours spécial cyclone, communication que nous avons présentée au colloque, qui a eu lieu à Lomé en 2013, sur l’évaluation environnementale comme outil de prévention et de gestion des catastrophes. Nous nous sommes inspirés de cette communication pour rédiger cette présente note, car nous jugeons qu’elle est toujours d’actualité en tant qu’outil de prévention et de gestion des catastrophes naturelles.

[2] Source : France Info du 28 avril 2019

 

 

le 31 mai à 13:00

 

Colloque international de Cotonou

La date limite pour nous soumettre vos propositions de communication est repoussée au vendredi 14 juin.

Nous vous invitons à consulter le programme préliminaire du colloque sur la page de l'événement.

Le programme complet de l'atelier de formation y sera disponible dès la semaine prochaine.

https://www.sifee.org/colloque-international-de-cotonou-2019

 

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