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CHRONIQUE : Ali SAID OMAR

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le 06 juin à 18:00

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Comores, le 7 juin 2019

Les évaluations environnementales dans le cadre de la prévention et de la gestion d’un phénomène météorologique extrême : Cas du cyclone Kenneth

L’archipel des Comores a été frappé par le cyclone Kenneth dans la nuit du 24 avril dernier.  C’est le deuxième cyclone après celui de 1950 qui a occasionné plus de dégâts matériels. Cette communication vise à sensibiliser les décideurs publics au rôle que les processus d’évaluation environnementale pourraient jouer dans le cadre d’une catastrophe naturelle.

Aux yeux des pouvoirs publics, outre l’éruption possible du volcan Karthala, les cyclones constituent le principal risque de catastrophe naturelle aux Comores. Toutefois, le pays ne dispose pas d’un cadre adéquat de prévention et de gestion des catastrophes naturelles. Il existe bien un plan de contingence en cas de catastrophe naturelle, incluant un plan de secours spécial en cas de cyclone et d’éruption volcanique, mais les outils dont disposent les services de la protection civile en matière de prévention et de gestion des catastrophes naturelles se limitent à l’analyse de la probabilité de la survenance de tels évènements.  

« Un cyclone est avant tout une perturbation atmosphérique accompagnée d’une dépression qui génère des vents tourbillonnaires violents pouvant dépasser le seuil des 117km/h. Il est également accompagné de pluies diluviennes, de fortes houles et parcourant des distances pouvant dépasser 1000km par jour[1]. »

La cyclogenèse comporte un certain nombre de conditions préalables, parmi lesquelles la température des eaux de surface des océans excédant 26°C, la présence de mouvements d’air verticaux entrainant une instabilité atmosphérique et d’un amas nuageux humide avec un renforcement des vents à travers des mouvements tourbillonnaires (Saïd Omar, 2013). Un autre facteur contributif à la formation de cyclones est la présence de zones de haute pression (ou anticyclone) et de basse pression atmosphérique. Dans la partie sud-ouest de l’océan Indien, la dépression atmosphérique des Mascareignes est à l’origine de la formation des cyclones qui affectent cette zone indianocéanique.

La fréquence des cyclones et des typhons a augmenté ces dernières années. Plusieurs facteurs peuvent expliquer le phénomène parmi lesquels la hausse des températures découlant des changements climatiques. Mais pour comprendre pourquoi les cyclones s’abattent sur le bassin du sud-ouest de l’océan Indien en plus grand nombre, il faut se référer au « principe de la force de Coriolis ».

Il s’agit d’une force produite par l'accélération complémentaire due à la rotation terrestre et qui s'exerce sur tous les corps en mouvement à la surface de la Terre. Elle détermine la direction générale des vents et des courants océaniques, les déviant vers la droite dans l'hémisphère Nord, vers la gauche dans l'hémisphère Sud. C’est la raison pour laquelle, les cyclones issus de la basse pression subtropicale des Mascareignes dévient de leur trajectoire vers la gauche, tout en étant susceptibles de s’abattre sur les îles du sud – ouest de l’Océan indien dont Madagascar, les Comores, la Réunion et l’île Maurice. Quel rôle peuvent jouer les processus d’évaluation environnementale pour gérer et pour prévenir les catastrophes naturelles comme les cyclones ?

D’abord, comme outil gestion au moment de l’évènement l’évaluation des impacts propose une démarche d’analyse en quatre étapes : 1) identifier les phénomènes qui accompagnent les cyclones pouvant constituer des sources d’impact, 2) identifier les composantes de l’environnement biophysique et humain potentiellement touchés par ces phénomènes, 3) mesurer les modifications des composantes de l’environnement touchées, 4) analyser ces modifications en termes d’impact.

Comme mentionné précédemment, les phénomènes qui accompagnent les cyclones pouvant constituer une source d’impact sont les pluies diluviennes et les vents violents (pouvant dépasser les 250 km/h comme dans le cas du cyclone Kenneth). Les vents violents engendrent une forte houle et une augmentation du niveau des eaux de l’océan avec les conséquences suivantes sur les composantes de l’environnement biophysique :

  • L’érosion des côtes : lors du cyclone Kenneth, certaines localités situées sur la côte au nord et au sud de la Grande Comore ont été complètement ravagées par la montée des eaux de l’océan ;
  • La dégradation de la biodiversité côtière et marine causée par les dépôts terrigènes : un diagnostic devrait être effectué pour évaluer l’impact des cyclones sur les coraux, les palétuviers, les herbiers, les crustacés et les récifs situés à l’intérieur des parcs marins des Comores ;
  • La dégradation des plages à cause de dépôts de matières terrigènes ;
  • La salinisation des sols qui entraine une perte de la fertilité des sols arables;
  • La pollution des sources d’eau rendant les eaux impropres à la consommation domestique;

Quant à la composante humaine, nous avons identifié d’une manière non exhaustive les impacts suivants :

  • Les dégâts occasionnés au niveau de la population : suite au cyclone Kenneth, le communiqué officiel du gouvernement comorien fait état de 4 morts, de 182 blessés et de 15 000 sinistrés, surtout dans les secteurs les plus pauvres où les populations vivent dans des habitations précaires ; [2];
  • La dégradation des terres agricoles : selon un communiqué du ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, en date du 27 avril 2019, il y a plusieurs hectares de plantations et de terres agricoles qui ont été détruits par le cyclone Kenneth ;
  • La perte du bétail : à ce jour, aucune évaluation n’a été produite concernant la perte du bétail caprin et bovin, mais le gouvernement comorien a mis en place une structure chargée d’évaluer les dégâts occasionnés par ce cyclone à tous les niveaux ;
  • Le risque d’apparition de nouvelles maladies comme la dysenterie, la typhoïde et le choléra : aucune de ces maladies n’a été signalée jusqu’à maintenant ;
  • La perturbation du transport terrestre, maritime et aérien : au moment du déclenchement de l’alerte cyclonique, des dispositions ont été prises pour suspendre le mouvement des bateaux et des avions sur l’ensemble du territoire en attendant une accalmie des intempéries ;
  • La destruction des infrastructures à usage public (routes, ponts, digues, installations électriques et de télécommunication) : dans ce secteur, il y a eu des infrastructures détruites, mais jusqu’à maintenant aucune évaluation n’a été faite.

La liste des impacts identifiés à l’ANNEXE 1 n’est pas exhaustive, mais permet déjà d’entrevoir les enjeux environnementaux, sociaux et économiques soulevés par le passage des cyclones dans l’archipel des Comores. Même à un stade préliminaire, le processus de questionnement caractéristique des processus d’évaluation environnementale est susceptible d’apporter des informations essentielles à une prise de décision éclairée et se traduire par l’adoption de mesures de prévention et de gestion durable du milieu biophysique, des ressources, de la protection de la population et des infrastructures économiques. La démarche de l’analyse consiste à :

  • Déterminer les liens entre les composantes biophysiques et humaine et les impacts identifiés ci-dessus ;
  • Organiser la présentation des impacts selon les enjeux reconnus ;
  • Estimer l’ampleur, la probabilité, la fréquence et la durée des impacts identifiés ;
  • Ordonner ces impacts selon la priorité à accorder en termes de mesure d’atténuation ;
  • Déterminer les mesures d’atténuation et/ou de prévention en fonction des impacts identifiés ;

En résumé, nous vous présentons en annexe la matrice d’évaluation et d’analyse des impacts potentiels identifiés : ANNEXE 1

 

[1] Said Omar A. (2013), Évaluation d’impact environnemental appliquée au plan de secours spécial cyclone, communication que nous avons présentée au colloque, qui a eu lieu à Lomé en 2013, sur l’évaluation environnementale comme outil de prévention et de gestion des catastrophes. Nous nous sommes inspirés de cette communication pour rédiger cette présente note, car nous jugeons qu’elle est toujours d’actualité en tant qu’outil de prévention et de gestion des catastrophes naturelles.

[2] Source : France Info du 28 avril 2019

 

 

 
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