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Actualités

le 29 août à 15:00

 

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La biodiversité dans les évaluations environnementales de la Banque Mondiale en Afrique de l’ouest

 

Jean Hugé

Jean.Huge@ulb.ac.be

 

Bruxelles, le 5 juillet 2019,

La biodiversité est menacée à tous les niveaux, et ce déclin de la biodiversité a été récemment documenté et (re-)mis en lumière par les rapports de l’IPBES (la Plateforme Inter-gouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques). Ces menaces pesant sur la biodiversité ont un impact particulièrement grand dans les pays en développement, où certaines populations sont très directement dépendantes des services écosystémiques fournis par des systèmes et paysages à biodiversité élevée. Les acteurs de la coopération, qu’ils soient au nord ou au sud, reconnaissent maintenant l’importance de la biodiversité et se doivent d’agir en faveur d’un développement inclusif qui préserve la biodiversité. Un des objectifs stratégiques d’Aichi (adoptés par les parties signataires de la Convention sur la diversité biologique) mentionne explicitement l’importance de l’intégration de la biodiversité dans toutes les décisions et politiques des gouvernements (c’est ce qu’on appelle également le ‘mainstreaming’). La biodiversité étant impactée par, et importante pour, une multitude de secteurs, une approche sectorielle classique est insuffisante pour la préserver et la gérer durablement. Il nous faut des instruments, des méthodologies qui permettent d’intégrer la biodiversité de façon systématique et robuste dans les projets, programmes et politiques.

Nous nous focalisons ici sur la capacité des évaluations environnementales à contribuer à l’intégration de la biodiversité dans la prise de décision, en particulier dans la coopération nord-sud. Nous avons mené une étude sur la prise en compte de la biodiversité dans 18 évaluations environnementales menées dans le cadre de projets financés par la Banque Mondiale dans 10 pays d’Afrique de l’ouest, entre 2013 et 2017. Nous dévoilons ici notre approche ainsi que certains de nos résultats. L’étude complète a été publiée dans ‘Environmental Science & Policy’.

L’évaluation environnementale est reconnue comme un processus clé pour l’intégration de toute une panoplie de préoccupations environnementales depuis les années 1980. La biodiversité par contre, est rarement le sujet environnemental le plus en vue dans ces évaluations. Vu la pertinence d’une meilleure intégration de celle-ci dans les initiatives impactant l’Afrique de l’ouest, qui héberge une biodiversité unique au monde, et dont les écosystèmes sont sujets à une pression anthropique de plus en plus marquée, nous nous sommes concentrés sur cette région.

Dans chacune des 16 évaluations environnementales -accessibles librement sur le site de la Banque Mondiale- nous avons analysé : i. les discours dominants sous-tendant l’intégration de la biodiversité ; ii. Les représentations de la biodiversité ; iii. Le contexte de prise de décision.

Clarifions ces termes un peu techniques. Tout d’abord les discours de biodiversité : la biodiversité est un concept large qui se traduit par une multitude de discours, dans lesquels l’accent est mis sur différents liens entre l’être humain et la nature. La question clé étant : pourquoi préserver la biodiversité ? Pour des raisons intrinsèques (la nature a un droit d’existence, non lié à l’homme) ? Ou pour des raisons utilitaires  (la nature doit être préservée car elle fournit des services essentiels au bien-être de l’homme) ? Cette dichotomie masque tout un éventail d’arguments et d’approches qui vont déterminer comment la biodiversité est perçue, mesurée, communiquée. Et nous retrouvons ces arguments, souvent quelque peu dissimulés, dans les évaluations environnementales.

Tournons-nous maintenant vers la représentation de la biodiversité, qui apparaît dans la section des évaluations dédiée aux données de base. Cette section contient des informations concernant les écosystèmes potentiellement impactées, les espèces ou taxons animaux ou botaniques. Les évaluations environnementales devant d’être concises et compréhensibles, il faut inévitablement faire des choix dans les données et indicateurs à retenir et à mettre en lumière dans les évaluations. Ces choix se portent aussi sur le degré de détail et la documentation scientifique des données de biodiversité inclues dans l’évaluation.

En troisième lieu, nous nous concentrons sur le contexte de prise de décision. Les évaluations environnementales sont censées impacter la prise de décision. Les résultats de l’évaluation vont idéalement influencé la décision finale (par exemple par le biais de mesures d’atténuation, ou de modifications du projet initial). Vu l’impossibilité pratique d’attendre tous les effets d’un projet et de son évaluation avant de se faire une idée de l’impact possible de ladite évaluation, nous avons donc analysé à quel point les données de biodiversité compilées pendant l’évaluation environnementale, jouent un rôle dans l’élaboration des mesures d’atténuation décrites dans l’évaluation environnementale.

Notre analyse qualitative a révélé que la majorité des évaluations étudiées expriment un discours utilitaire concernant la biodiversité – mettant l’accent sur l’utilité d’un écosystème permettant de fournir à l’homme tous les services requis pour son bien-être (au sens large). Ce constat se reflète également dans l’intérêt particulier porté aux services écosystémiques d’approvisionnement ou de production.

Ce discours utilitaire ne se reflète par contre pas directement dans le type de données compilées dans les évaluations environnementales. Ces données sont souvent compilées de façon quasi-aléatoire, collectées non-systématiquement, mêlant souvent des noms vernaculaires et des sources scientifiques, contenant des ‘copiés-collés’ peu pertinents, et ne permettant souvent pas d’obtenir un aperçu clair et pertinent de l’état de la biodiversité sur le lieu du projet. Ceci rend toute comparaison entre différentes évaluations difficile voire impossible.

En ce qui concerne l’impact sur la prise de décision, la majorité des mesures d’atténuation ne sont pas élaborées sur base de données solides. La collecte et la présentation des données de biodiversité est donc souvent purement symbolique, et n’impacte pas les mesures d’atténuation proposées – mesures qui devraient pourtant être la cerise sur le gâteau de l’évaluation environnementale.

Notre analyse poussée d’un échantillon d’évaluations environnementales nous apprend que la diversité des discours de biodiversité n’est pas bien reflétée, et que les données de biodiversité supposées former la base des mesures d’atténuation, sont souvent non-systématiques et manquent singulièrement de qualité. Il nous semble important de travailler sur une prise en compte des perspectives plurielles de la biodiversité – afin par exemple, d’offrir de la place aux discours reflétant les connaissances traditionnelles. Il est également important de lier les évaluations environnementales aux banques de données existantes, et de renforcer les liens entre la collecte des données et l’élaboration des mesures d’atténuation.

Notre étude peut ainsi offrir une modeste contribution à l’amélioration de la pratique de l’évaluation environnementale dans la coopération au développement, en mettant l’accent sur les différentes façons de décliner, penser et préserver la biodiversité.

 

Sources :

Hugé, J., Rochette, A.J., Janssens de Bisthoven, L., Dahdouh-Guebas, F., Koedam, N. & Vanhove, M.PM. 2017. Utilitarian framings of biodiversity shape environmental impact assessment in development cooperation. Environmental Science & Policy 75: 91-102. https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1462901117301090

 

 

 

le 29 juillet à 11:15

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Le programme complet du Colloque de Cotonou est maintenant disponible sur la page de l'événement.

Vous pouvez également y accéder en cliquant sur ce lien : programme du Colloque international de Cotonou

Le Colloque se tiendra du 9 au 11 septembre au confortable Hôtel Azalaï situé en bord de mer à Cotonou.

Profitez du tarif réduit en vous inscrivant avant le 12 août : formulaire d'inscription

 

le 06 juin à 18:00

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Comores, le 7 juin 2019

Les évaluations environnementales dans le cadre de la prévention et de la gestion d’un phénomène météorologique extrême : Cas du cyclone Kenneth

L’archipel des Comores a été frappé par le cyclone Kenneth dans la nuit du 24 avril dernier.  C’est le deuxième cyclone après celui de 1950 qui a occasionné plus de dégâts matériels. Cette communication vise à sensibiliser les décideurs publics au rôle que les processus d’évaluation environnementale pourraient jouer dans le cadre d’une catastrophe naturelle.

Aux yeux des pouvoirs publics, outre l’éruption possible du volcan Karthala, les cyclones constituent le principal risque de catastrophe naturelle aux Comores. Toutefois, le pays ne dispose pas d’un cadre adéquat de prévention et de gestion des catastrophes naturelles. Il existe bien un plan de contingence en cas de catastrophe naturelle, incluant un plan de secours spécial en cas de cyclone et d’éruption volcanique, mais les outils dont disposent les services de la protection civile en matière de prévention et de gestion des catastrophes naturelles se limitent à l’analyse de la probabilité de la survenance de tels évènements.  

« Un cyclone est avant tout une perturbation atmosphérique accompagnée d’une dépression qui génère des vents tourbillonnaires violents pouvant dépasser le seuil des 117km/h. Il est également accompagné de pluies diluviennes, de fortes houles et parcourant des distances pouvant dépasser 1000km par jour[1]. »

La cyclogenèse comporte un certain nombre de conditions préalables, parmi lesquelles la température des eaux de surface des océans excédant 26°C, la présence de mouvements d’air verticaux entrainant une instabilité atmosphérique et d’un amas nuageux humide avec un renforcement des vents à travers des mouvements tourbillonnaires (Saïd Omar, 2013). Un autre facteur contributif à la formation de cyclones est la présence de zones de haute pression (ou anticyclone) et de basse pression atmosphérique. Dans la partie sud-ouest de l’océan Indien, la dépression atmosphérique des Mascareignes est à l’origine de la formation des cyclones qui affectent cette zone indianocéanique.

La fréquence des cyclones et des typhons a augmenté ces dernières années. Plusieurs facteurs peuvent expliquer le phénomène parmi lesquels la hausse des températures découlant des changements climatiques. Mais pour comprendre pourquoi les cyclones s’abattent sur le bassin du sud-ouest de l’océan Indien en plus grand nombre, il faut se référer au « principe de la force de Coriolis ».

Il s’agit d’une force produite par l'accélération complémentaire due à la rotation terrestre et qui s'exerce sur tous les corps en mouvement à la surface de la Terre. Elle détermine la direction générale des vents et des courants océaniques, les déviant vers la droite dans l'hémisphère Nord, vers la gauche dans l'hémisphère Sud. C’est la raison pour laquelle, les cyclones issus de la basse pression subtropicale des Mascareignes dévient de leur trajectoire vers la gauche, tout en étant susceptibles de s’abattre sur les îles du sud – ouest de l’Océan indien dont Madagascar, les Comores, la Réunion et l’île Maurice. Quel rôle peuvent jouer les processus d’évaluation environnementale pour gérer et pour prévenir les catastrophes naturelles comme les cyclones ?

D’abord, comme outil gestion au moment de l’évènement l’évaluation des impacts propose une démarche d’analyse en quatre étapes : 1) identifier les phénomènes qui accompagnent les cyclones pouvant constituer des sources d’impact, 2) identifier les composantes de l’environnement biophysique et humain potentiellement touchés par ces phénomènes, 3) mesurer les modifications des composantes de l’environnement touchées, 4) analyser ces modifications en termes d’impact.

Comme mentionné précédemment, les phénomènes qui accompagnent les cyclones pouvant constituer une source d’impact sont les pluies diluviennes et les vents violents (pouvant dépasser les 250 km/h comme dans le cas du cyclone Kenneth). Les vents violents engendrent une forte houle et une augmentation du niveau des eaux de l’océan avec les conséquences suivantes sur les composantes de l’environnement biophysique :

  • L’érosion des côtes : lors du cyclone Kenneth, certaines localités situées sur la côte au nord et au sud de la Grande Comore ont été complètement ravagées par la montée des eaux de l’océan ;
  • La dégradation de la biodiversité côtière et marine causée par les dépôts terrigènes : un diagnostic devrait être effectué pour évaluer l’impact des cyclones sur les coraux, les palétuviers, les herbiers, les crustacés et les récifs situés à l’intérieur des parcs marins des Comores ;
  • La dégradation des plages à cause de dépôts de matières terrigènes ;
  • La salinisation des sols qui entraine une perte de la fertilité des sols arables;
  • La pollution des sources d’eau rendant les eaux impropres à la consommation domestique;

Quant à la composante humaine, nous avons identifié d’une manière non exhaustive les impacts suivants :

  • Les dégâts occasionnés au niveau de la population : suite au cyclone Kenneth, le communiqué officiel du gouvernement comorien fait état de 4 morts, de 182 blessés et de 15 000 sinistrés, surtout dans les secteurs les plus pauvres où les populations vivent dans des habitations précaires ; [2];
  • La dégradation des terres agricoles : selon un communiqué du ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, en date du 27 avril 2019, il y a plusieurs hectares de plantations et de terres agricoles qui ont été détruits par le cyclone Kenneth ;
  • La perte du bétail : à ce jour, aucune évaluation n’a été produite concernant la perte du bétail caprin et bovin, mais le gouvernement comorien a mis en place une structure chargée d’évaluer les dégâts occasionnés par ce cyclone à tous les niveaux ;
  • Le risque d’apparition de nouvelles maladies comme la dysenterie, la typhoïde et le choléra : aucune de ces maladies n’a été signalée jusqu’à maintenant ;
  • La perturbation du transport terrestre, maritime et aérien : au moment du déclenchement de l’alerte cyclonique, des dispositions ont été prises pour suspendre le mouvement des bateaux et des avions sur l’ensemble du territoire en attendant une accalmie des intempéries ;
  • La destruction des infrastructures à usage public (routes, ponts, digues, installations électriques et de télécommunication) : dans ce secteur, il y a eu des infrastructures détruites, mais jusqu’à maintenant aucune évaluation n’a été faite.

La liste des impacts identifiés à l’ANNEXE 1 n’est pas exhaustive, mais permet déjà d’entrevoir les enjeux environnementaux, sociaux et économiques soulevés par le passage des cyclones dans l’archipel des Comores. Même à un stade préliminaire, le processus de questionnement caractéristique des processus d’évaluation environnementale est susceptible d’apporter des informations essentielles à une prise de décision éclairée et se traduire par l’adoption de mesures de prévention et de gestion durable du milieu biophysique, des ressources, de la protection de la population et des infrastructures économiques. La démarche de l’analyse consiste à :

  • Déterminer les liens entre les composantes biophysiques et humaine et les impacts identifiés ci-dessus ;
  • Organiser la présentation des impacts selon les enjeux reconnus ;
  • Estimer l’ampleur, la probabilité, la fréquence et la durée des impacts identifiés ;
  • Ordonner ces impacts selon la priorité à accorder en termes de mesure d’atténuation ;
  • Déterminer les mesures d’atténuation et/ou de prévention en fonction des impacts identifiés ;

En résumé, nous vous présentons en annexe la matrice d’évaluation et d’analyse des impacts potentiels identifiés : ANNEXE 1

 

[1] Said Omar A. (2013), Évaluation d’impact environnemental appliquée au plan de secours spécial cyclone, communication que nous avons présentée au colloque, qui a eu lieu à Lomé en 2013, sur l’évaluation environnementale comme outil de prévention et de gestion des catastrophes. Nous nous sommes inspirés de cette communication pour rédiger cette présente note, car nous jugeons qu’elle est toujours d’actualité en tant qu’outil de prévention et de gestion des catastrophes naturelles.

[2] Source : France Info du 28 avril 2019

 

 

le 31 mai à 13:00

 

Colloque international de Cotonou

La date limite pour nous soumettre vos propositions de communication est repoussée au vendredi 14 juin.

Nous vous invitons à consulter le programme préliminaire du colloque sur la page de l'événement.

Le programme complet de l'atelier de formation y sera disponible dès la semaine prochaine.

https://www.sifee.org/colloque-international-de-cotonou-2019

 

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le 22 mai à 11:30

 

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L'organisation du Colloque international de Cotonou avance et il s'annonce fort intéressant!

Nous dévoilerons sous peu les noms des lieux choisis pour les activités dans l'accueillante ville de Cotonou.

Nous avons reçu des propositions de communications très intéressantes. Nous vous invitons à nous transmettre la vôtre d'ici au 31 mai. Des thèmes ont été ajoutés au programme préliminaire, la version mise à jour se trouve sur la page de l'événement.

Les inscriptions au colloque et à l'atelier de formation sont ouvertes, un tarif préférentiel est offert pour toute inscription reçue avant le 12 août. 

Vous trouverez les formulaires d'inscription et de proposition de communication sur la page de l'événement : Colloque international de Cotonou

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